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TOP FRANCE 2023

Comme chaque année, le Top des meilleurs films de l’année démarre par un classement Made in France, afin de célébrer la qualité du cinéma dans l’Hexagone, qui rappelons-le est encore un des plus passionnants au monde. Cette année, le cinéma Français a encore brillé avec des oeuvres brillantes, éclectiques et audacieuses, et voici donc mes 15 films préférés en 2023, avec quelques mentions honorables de films qui ont failli faire partie du Top…

RIEN À PERDRE, de Delphine Deloget

LE VOURDALAK, d’Adrien Beau

Le Consentement, de Vanessa Filho




15. MARS EXPRESS

Réalisé par Jérémie Périn

Jérémie Périn, réalisateur et animateur ayant notamment oeuvré sur la série Lastman signe ici son premier long-métrage en solo avec Mars Express, un film de science-fiction futuriste, aux forts accents cyberpunk. Nous sommes transportés sur Noctis, la capitale de la planète Mars, où une détective privée et son associé androïde enquêtent sur l’affaire de meurtre d’une étudiante, qui semble avoir un lien avec un homme riche et influent. Le secteur de l’animation Française est réputé à travers le monde pour ses techniciens brillants, et le cinéaste le prouve ici, avec des visuels somptueux et une mise en scène tirant parti de nombreux concepts technologiques fascinants pour donner corps à cet univers. Paradoxalement, le scénario semble peut-être un peu trop chargé par rapport à la durée du film, donnant un rythme parfois trop effréné, et l’oeuvre aurait gagné à se poser davantage pour faire ressentir l’atmosphère de cette ville martienne, comme dans Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, duquel il s’inspire fortement. Reste que Mars Express est une belle réussite du genre, même sans parler d’animation, et l’on espère voir plus de films similaires à l’avenir.



14. L’AMOUR ET LES FORÊTS

Réalisé par Valérie Donzelli

Difficile pour le cinéma Français de se passer de Virginie Efira, et pourtant l’actrice a cette année fait une pause pour la naissance de son nouvel enfant, donc 2024 sera sans doute moins fournie pour sa filmographie. En attendant, elle continue de faire de bons choix de carrière et se retrouve ici dans le nouveau film de Valérie Donzelli, adapté du roman éponyme d’Éric Reinhardt. Il est question ici de la vie de Blanche, qui doit faire face à un cas d’emprise psychologique et de violence conjugale avec son mari Grégoire. La réalisatrice change drastiquement son style de mise en scène, optant pour un tournage en pellicule avec des cadres très élégamment composés, et une sublime photographie. Son cinéma était davantage marqué par une image assez brute, réaliste, mais dans laquelle elle insufflait une énergie étonnante. Ici, elle s’applique davantage à composer ses plans, ainsi qu’à jouer sur les couleurs et lumières pour en faire ressortir des émotions. Il est très intéressant ici de se pencher sur un cas de pervers narcissique, avec son lot de nuances qui en font un personnage  assez fort, d’autant plus qu’il est incarné à la perfection par un Melvil Poupaud terrifiant, comme une version sombre de ses fameux rôles romantiques. Virginie Efira est quant à elle très juste, parvenant à interpréter avec délicatesse le trouble insidieux que vit cette femme. Un sujet difficile, mais superbement traité, avec de nombreuses idées visuelles qui marquent la rétine, et qui espérons permettra de sensibiliser davantage sur les violences conjugales.



13. NOS CÉRÉMONIES

Réalisé par Simon Rieth

Tony et Noé, deux frères jumeaux jouent à des jeux de rôle près de la mer lorsqu’un terrible accident bouleverse leur vie. 10 ans plus tard ils reviennent à Royan, sur la côte ouest française dans leur maison d’enfance pour enterrer leur père. Ils y croisent Cassandre, une vieille amie avec qui ils partageaient tout, mais ils cachent un secret inavouable… Une étrange malédiction semble hanter un des deux frères, ce qui leur posera de nombreux problèmes, car à mesure que le temps passe, cet étau mortel se resserre de plus en plus. Comment faire quand on est jeune, envahi par des pulsions de vie incandescentes, mais que la mort nous attire inlassablement ? C’est cette question que jeune cinéaste Simon Rieth explore dans son premier long-métrage, ainsi que les thèmes de la violence, et le lien fraternel. Si le film souffre de quelques maladresses, parfois inhérentes à un premier film, reste que la proposition esthétique est particulièrement convaincante, avec des plans marquants, et des idées de montage intéressantes. Un récit audacieux, assez bien tenu, dans une atmosphère solaire et envoûtante.



12. CHIEN DE LA CASSE

Réalisé par Jean-Baptiste Durand

Premier long-métrage de Jean-Baptiste Durand, dans lequel on suit deux amis de longue date, Dog et Miralès, vivant dans un petit village du sud de la France, lorsqu’une fille, Elsa, va bouleverser leur amitié. Du fait de leur situation géographique, les deux amis passent leurs journées à traîner dehors ou jouer aux jeux-vidéos, une routine modeste, que la jeune fille viendra bousculer. Ce qui est particulièrement intéressant ici, dans ce schéma classique sur le papier, c’est que l’écriture développe merveilleusement bien les relations entre les personnages, évitant certains écueils comme le triangle amoureux. Ici, Dog et Moralès sont amis depuis longtemps mais leur rapport s’apparente plus à de l’amour vache qu’à une proximité fraternelle. Pour autant, la relation amoureuse que va nouer Dog avec Elsa, qui va séparer les deux compères, leur permettra de faire le point sur la qualité réelle de leur amitié. Un film de potes dans lequel brillent Raphaël Quenard, Anthony Bajon, et Galatéa Bellugi, sublimés par une mise en scène très soignée de la part du cinéaste. Un solide premier long !



11. FARANG

Réalisé par Xavier Gens

Après un passage sur la série Gangs of London de Gareth Evans, Xavier Gens revient au cinéma d’action avec un revenge movie somme toute classique : Sam, un ancien détenu fuit en Thaïlande après une rixe qui tourne mal avec d’anciennes fréquentations. 5 ans plus tard, il a fondé une famille sur cette île et il alterne entre la boxe et son travail de chauffeur à l’aéroport. Mais le parrain local le force à faire passer de la drogue, et l’affaire vire au cauchemar quand les gangsters s’en prennent à sa femme et sa fille… Un postulat simple, que le cinéaste exploite efficacement, parvenant à créer rapidement de l’empathie pour le protagoniste et sa famille, ce qui permet d’être très impliqué dans la quête vengeresse de Sam. En voyant ces scènes d’action avec ces bagarres brutales, on pense à The Raid, et Nassim Lyès se donne à fond dans les cascades. Les chorégraphies très brutes et réalistes vont loin dans la violence, et le protagoniste se retrouve grièvement blessé, ce qui augmente le suspense et lui rend la tâche plus difficile, contrairement à un certain personnage d’une saga américaine… D’autant plus que si le style de combat est le même, les scènes d’action parviennent à bien se renouveler, notamment grâce à une bonne utilisation des décors, et à ce titre, la baston dans l’ascenseur est particulièrement mémorable et jouissive. Un bon petit film d’action très efficace, qui montre encore une fois qu’on a le talent, les techniciens, et les cascadeurs requis pour en faire plus souvent.



10. LE RAVISSEMENT

Réalisé par Iris Kaltenbäck

Pour son premier long-métrage, Iris Kaltenbäck explore un sujet très complexe, à travers Lydia, une sage femme qui viendra s’approprier puis kidnapper le bébé de sa meilleure amie, afin de reconquérir Milos, une aventure d’un soir avec qui elle espérait davantage. Autant dire cette histoire est extrêmement risquée, et que le moindre faux-pas peut faire s’écrouler la crédibilité du scénario en un instant. Et pourtant, tout le film se tient admirablement bien, les décisions des personnages ont du sens (même dans leur irrationnalité), et les comédiens, notamment Hafsia Herzi, mais aussi Alexis Manenti et Nina Meurisse sont tellement convaincants que l’on ne peut qu’embarquer à fond dans cette histoire complexe. Gros travail d’écriture sur Lydia puisque malgré ses mauvaises décisions, on reste complètement en empathie avec elle. Superbe premier film qui place sa réalisatrice immédiatement sur la liste des carrières à suivre.



9. LE LIVRE DES SOLUTIONS

Réalisé par Michel Gondry

Marc, réalisateur paranoïaque et bipolaire, s’enfuit avec les rushes de son dernier film pour terminer le montage, effrayé par les demandes des producteurs allant à l’encontre de ses intentions artistiques. À travers ce personnage, Michel Gondry nous raconte une période compliquée de sa vie de cinéaste, mais aussi de personne bipolaire, et de quelle façon cela affecte ses relations de travail, même avec ses plus proches collaborateurs. Pierre Niney y livre une performance formidable, et le film regorge d’idées fabuleuses, que ce soit dans l’écriture avec un humour décapant, ou visuellement avec une mise en scène inspirée, faisant ressortir l’esprit créatif foisonnant de Gondry. Un film qui rend également hommage à l’aspect très artisanal du cinéma, sur comment on va véritablement bricoler un film, donnant lieu à des scènes très amusantes.



8. VERMINES

Réalisé par Sébastien Vaniček

Voilà un film d’horreur Français assez ambitieux visuellement, et qui s’avère être d’une efficacité redoutable dans la gradation de la tension, notamment dans la mise en scène à travers une formidable gestion de ses décors. Un film qui pourrait donner des cauchemars même aux personnes non atteintes d’arachnophobie.

Lire ma critique complète ici.



7. ANATOMIE D’UNE CHUTE

Réalisé par Justine Triet

4 ans après sa dernière sélection à Cannes pour Sibyl, Justine Triet revient avec un film de procès, au titre faisant écho à un chef-d’œuvre du genre, Autopsie d’un Meurtre d’Otto Preminger. Le film s’ouvre sur la mort du mari de Sandra Hüller (excellente interprétation par ailleurs), et part ensuite sur le procès l’accusant de l’avoir assassiné. Seulement, le doute plane sur sa culpabilité car les analyses scientifiques n’écartent pas la possibilité d’un suicide. La réalisatrice distille habilement, dans son scénario co-écrit avec Arthur Harari (Onoda), une ambiguïté sur ses personnages (le couple surtout), afin de ne jamais donner de certitude au spectateur sur la vérité. Un choix pertinent, car l’enjeu n’est pas le verdict du procès, mais plutôt comment on y arrive. Est-ce que son fils, après avoir découvert la réalité du conflit entre ses parents, et ce qui tourmentait son père, va prendre le parti de sa mère et la défendre au tribunal ? Le récit arrive très bien à dépeindre la complexité de cette relation de couple, à bien tenir son dispositif de procès avec des joutes verbales (Antoine Reinartz très bon) intéressantes, mais sans proposer des idées de mise en scène particulièrement transcendantes, ou à la hauteur de la radicalité que semble rechercher Justine Triet. Une Palme d’or discutable au regard du reste de la sélection Cannoise, mais il reste néanmoins un solide film de procès au personnage trouble, incarné brillamment par Sandra Hüller.



6. YANNICK

Réalisé par Quentin Dupieux

Avec ce petit film tourné en une semaine, le prolifique Quentin Dupieux nous invite moins dans son univers absurde que dans un véritable Raphaël Quenard show. Le comédien, qui s’illustre ces dernières années dans des seconds rôles géniaux, et que l’on avait vu briller quelques mois plus tôt dans Chien de la Casse, nous offre vraiment une performance à la hauteur de son talent et de son attitude singulière. Peut-être le film le plus accessible du cinéaste, qui en plus d’être très drôle, propose des moments mélancoliques poignants, à l’image de ses dernières minutes.



5. LA MONTAGNE

Réalisé par Thomas Salvador

Pour son second film, Thomas Salvador se met à nouveau en scène dans la peau de Pierre, un ingénieur parisien, qui pendant une intervention professionnelle dans les Alpes, se trouve irrésistiblement attiré par les montagnes, et décide de quitter sa vie, la mettre en pause pour aller camper et se ressourcer sur les sommets enneigés. Ce qui débute comme une jolie histoire de reconnexion à la nature bascule petit à petit vers le fantastique, à travers un phénomène étrange caché profond dans la montagne, dont Pierre fera la rencontre. Le film offre tout ce qu’il faut dans sa mise en scène pour ressentir l’expérience naturelle dans sa première heure, puis opère son virage vers l’étrange de façon tout à fait sublime. Cette incursion dans le fantastique ne paraît pas du tout hors propos puisque dès le début, la façon de filmer et le jeu de Thomas Salvador suggèrent que quelque chose de bizarre se superpose à la réalité qu’on connaît. Un très beau film, et une des expériences sensorielles les plus fascinantes de l’année. Mention spéciale à Louise Bourgoin dans un très joli second rôle.



4. JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES

Réalisé par Jeanne Herry

Nouveau long-métrage de Jeanne Herry, après le formidable Pupille, sorti fin 2018. Ici, elle traite de la justice restaurative, une pratique consistant à organiser des groupes de parole entre des prisonniers et des victimes des mêmes crimes pour lesquels ils ont été condamnés. Ici, il s’agit d’agressions violentes et vols à main armée. Sujet difficile, peu abordé à l’écran, mais la cinéaste s’en sort merveilleusement bien, en s’armant de la même délicatesse qui sublimait son précédent film, et d’une direction d’acteurs absolument remarquable dans ce film choral, où chacun à l’occasion de briller. En effet, tout le casting est très juste, que ce soit Leila Bekhti, Dali Benssalah, Raphaël Quenard qui n’apparaît que quelques minutes mais est bouleversant, ou ce bon Gilles Lellouche, qui n’a jamais autant été juste et en dehors de sa zone de confort que sous la direction de la réalisatrice. Le sujet peut paraître empreint de pathos, mais le film ne s’en sert jamais de façon malhonnête, et la mise en scène, subtile, au lieu de surligner les émotions, se concentre sur les échanges entre les comédiens, et donc la communication, le sujet principal du film, à travers un découpage et un montage intelligent.



3. LE RÈGNE ANIMAL

Réalisé par Thomas Cailley

En 2014, Thomas Cailley avait fait une entrée remarquée sur la Croisette, avec Les Combattants, sélectionné et récompensé à la Quinzaine des Cinéastes. C’est donc 9 ans plus tard qu’il dévoile son second long-métrage, Le Règne Animal, cette fois en sélection Un Certain Regard. Un pur film fantastique, qui n’hésite pas à exploiter le genre frontalement, ayant des effets spéciaux pratiques et numériques très réussis. C’est un film où l’on rit beaucoup, notamment grâce à des dialogues savoureux, mais qui parvient également à traiter ses thèmes avec sérieux et délicatesse, rappelant par instants la saga X-Men. Au casting, on retrouve Romain Duris qui n’a plus été aussi bon depuis des années, Adèle Exarchopoulos toujours excellente dans un petit rôle, mais c’est le jeune Paul Kircher, révélé récemment dans Le Lycéen en 2022, qui livre la prestation la plus impressionnante. Un film étonnant, très maîtrisé dans son écriture, ainsi que dans son esthétique visuelle, avec une très jolie photographie et de belles idées de mise en scène. Voilà un film de genre très réussi, qui prend son univers à bras le corps, et qui a réussi à séduire le public puisque le million d’entrées a été dépassé, chose rare pour un film fantastique.



2. LE PROCÈS GOLDMAN

Réalisé par Cédric Kahn

Présenté à Cannes à la Quinzaine des Cinéastes, ce film de Cédric Kahn adapte librement à l’écran le procès de Pierre Goldman, activiste de gauche, accusé d’avoir tué 2 pharmaciens lors d’un vol à main armée. Nous sommes face ici à un pur huis-clos, car en dehors de quelques brèves scènes dans une cellule, toute l’action se déroule dans cette salle de tribunal. Un dispositif pas facile à tenir, d’autant plus que le processus juridique peut-être lourd à suivre pour des néophytes. Fort heureusement, le cinéaste délivre une mise en scène très dynamique, au découpage ciselé, suivant le rythme tonitruant des dialogues, tout en faisant vivre la salle d’audience en s’attardant sur des visages, mais aussi sur des regards lourds de sens. L’écriture des dialogues est remarquable, et les comédiens, Arieh Worthalter et Arthur Harrari (également co-scénariste d’Anatomie d’une Chute), livrent des performances exceptionnelles, rendant leurs interventions absolument jubilatoires. Un film de procès exaltant, qui à travers cette affaire publique de l’époque permet de traiter un certain antisémitisme, voire d’un racisme systémique à la fois dans la société et dans la police Française, un propos qui résonne encore malheureusement trop fort près de 50 ans plus tard…



1. LA PASSION DE DODIN-BOUFFANT

Réalisé par Tran Anh Hung

En première position de ce top se retrouve le dernier Prix de la mise en scène à Cannes, et qui aurait même mérité une Palme. La Passion de Dodin-Bouffant est un extraordinaire mélange de délicatesse, d’amour, de bonne cuisine, et de talent, que ce soit devant ou derrière la caméra. Le réalisateur de L’Odeur de la Papaye Verte déploie toute sa virtuosité de mise en scène pour nous offrir un ballet romantico-culinaire des plus somptueux, dans lequel surnagent deux comédiens en état de grâce. Le cinéma Français est puissant.

Lire ma critique complète ici.




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