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TOP FRANCE 2020

Bonjour à tous, et bienvenue dans la première partie de ce Bilan de fin d’année 2020. Une année de cinéma extrêmement compliquée, qui n’a connu en tout que 6 mois d’exploitation avec deux fermetures brutales, en mars et le 30 octobre dernier, date de fin d’exploitation des films en 2020, en attendant une réouverture prochaine. A cause de la pandémie, de nombreux films se sont retrouvés décalés en 2021 (ou plus tard), principalement des grosses productions, mais certains petits films ont dû faire de même.

Dans les sorties Françaises, j’attendais beaucoup Bac Nord, et Mandibules, le nouveau film de Quentin Dupieux. Heureusement j’ai eu la chance d’assister à une avant-première de La Nuée, un film de genre qui devait sortir en novembre, mais décalé également. Un film qui aurait sans aucun doute figuré sur le podium de ce Top d’ailleurs, mais on en reparlera bientôt…

En attendant, il m’a fallu quand même composer un Top 10, et comme les exploitants Français se sont battus pour sortir des films, on a pu avoir une belle année, que l’on va débriefer tout de suite !


MENTIONS HONORABLES

LUX AETERNA, de Gaspar Noé

Antoinette dans les Cévennes, de Caroline Vignal

Mignonnes, de Maimouna Doucouré

Énorme, de Sophie Letourneur


10. LA FILLE AU BRACELET

Réalisé par Stéphane Demoustier

Lise, 18 ans, est accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie. Stéphane Demoustier (frère d’Anaïs, qui incarne une avocate générale sans scrupules), nous présente un film de procès très particulier puisqu’ici il s’agit de juger une jeune fille pour meurtre. Melissa Guers en impose avec un stoïcisme déroutant, répondant parfois sèchement, en s’en tenant seulement aux faits. La tournure que va prendre ce procès, s’intéressant de près aux moeurs de Lise, contribuera à ébranler la cellule familiale, déjà fragilisée par ces accusations. Le père, sobrement interprété par Roschdy Zem, devra faire face à quantité de révélations sur la vie privée de sa fille, et la mère, incarnée subtilement par Chiara Mastroianni, qui perd pied, n’ayant plus l’énergie de lutter, devra néanmoins répondre présente à la barre. Les plaidoiries, auscultant la vie sexuelle de Lise, ne sont pas sans rappeler celles qui tentaient d’écrouer Brigitte Bardot dans La Vérité (1960), le chef d’oeuvre d’Henri-Georges Clouzot. En résulte, un polar mystérieux, très ambigü, qui ne laisse pas de marbre.

Bande-annonce :


9. FELICITÀ

Réalisé par Bruno Merle

Une vraie bouffée d’air frais, pépite de sensibilité, de douceur et d’humour. Une ôde à la liberté et à la différence, portée par les formidables Pio Marmaï et Camille Rutherford, parents de la petite Tommy, incarnée avec brio par Rita Merle, véritable révélation du métrage. C’est d’autant plus fort que c’est la fille du réalisateur, Bruno Merle, qui signe ici son second long-métrage, 13 ans après son premier. Une aventure familiale décalée, avec des personnages attachants, qui s’est imposée comme une des belles surprises de la réouverture des salles cet été.

Bande-annonce :


8. LA DERNIÈRE VIE DE SIMON

Réalisé par Léo Karmann

C’est l’histoire de Simon, un jeune orphelin, doté du pouvoir de métamorphose. Après un terrible accident lors d’une balade en forêt, il décide de prendre l’apparence de son ami, et de retourner vivre dans sa famille à sa place. C’est un véritable plaisir de voir un film fantastique Français aussi bien fait. Les effets spéciaux sont réussis, et la réalisation de Léo Karmann (dont c’est le premier long-métrage) nous renvoie à l’esprit des films Amblin, grâce à ses accents de conte Spielbergien. Une jolie surprise, dans laquelle on peut déjà voir Benjamin Voisin (avant Été 85) briller. Quelques maladresses dans la seconde partie du film, mais globalement c’est une belle réussite, un film très tendre et ambitieux.

PS : La bande-annonce ci-dessous dévoile un peu trop le déroulé de l’intrigue, donc je conseille de ne pas la regarder, ou juste la première minute maximum !

Bande-annonce :


7. PETITE FILLE

Réalisé par Sébastien Lifshitz

Petite Fille est le second long-métrage documentaire sorti cette année de Sébastien Lifshitz, après le superbe Adolescentes. Il se penche sur Sasha, une petite fille transgenre de 7 ans. Depuis toute petite, elle sent au fond d’elle-même qu’elle est une fille, mais c’est malheureusement quelque chose de difficile à accepter pour les gens qui l’entourent, à commencer par le corps enseignant. Sébastien Lifshitz va suivre Sasha et sa famille au quotidien pendant 1 an, pour observer le difficile chemin qu’elle doit emprunter pour se sentir bien dans son corps, et être acceptée. C’est un documentaire d’utilité publique, d’une tendresse absolue, et d’une très grande bienveillance. Difficile de ne pas être ému, en voyant ce que traverse cette petite fille et sa famille (surtout sa mère, qui l’accompagne le plus). Un documentaire assez classique sur la forme par rapport à Adolescentes, sorti quelques mois plus tôt, mais une petite merveille, à ne pas rater.

Disponible sur Netflix France.

Bande-annonce :


6. EFFACER L’HISTORIQUE

Réalisé par Benoît Delépine et Gustave Kervern

Après I Feel Good en 2018, Benoît Delépine et Gustave Kervern reviennent pour s’attaquer à Internet et ses dérives. Récompensé d’un prix spécial à la Berlinale, Effacer l’Historique s’intéresse à des gens modestes, qui après une mésaventure, doivent trouver le moyen de faire disparaître un fichier d’internet et des réseaux sociaux. C’est très drôle, bien interprété, avec un super trio d’acteurs, mais aussi un petite galerie de personnages secondaires, parfois apparaissant bièvement, mais qui marquent par ce qu’ils évoquent de la société actuelle, avec souvent beaucoup d’humour. A ce titre, la séquence avec Benoit Poelvoorde en livreur Amazon est vraiment hilarante, peut-être mon plus gros fou rire au Cinéma cette année. Un film très sympathique, intéressant, avec un humour tragiquement drôle.

Bande-annonce :


5. LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT

Réalisé par Emmanuel Mouret

Daphné (Camélia Jordana), enceinte de 3 mois, se retrouve seule à la campagne après que François (Vincent Macaigne), son compagnon, ait dû s’absenter pour le travail. Elle devra accueillir Maxime (Niels Schneider), le cousin de François, en attendant son retour, 4 jours plus tard. Pendant ce temps, ils feront peu à peu connaissance en se racontant leurs récentes histoires d’amour dans les moindres détails. A travers un style littéraire totalement assumé, Emmanuel Mouret nous entraîne dans un « Marivauxdage » tout à fait saisissant. Les histoires d’amour des uns et des autres, la plupart du temps en flashbacks, s’imbriquent parfaitement entre elles, prenant le temps de couper au bon moment pour y revenir plus tard, sans que l’on soit perdu ou que notre curiosité se soit essoufflée. La saveur de ce chassé-croisé amoureux réside dans une confusion des sentiments permanente, renforçant l’incertitude de l’issue du film. Qui va mieux avec qui et qui finira avec qui ?

Bande-annonce :


4. ÉTÉ 85

Nouveau film de François Ozon après l’excellent Grâce à Dieu en 2019, cette fois il s’aventure vers le Teen Movie, en revenant dans les années 80, pour adapter le livre Dance on my Grave, d’Aidan Chambers. Ozon fait le choix de tourner le film intégralement avec une caméra Super 16, car à l’époque ça avait failli être son premier long-métrage, donc il voulait retrouver le format des ses premiers courts. Un choix esthétique payant puisque le grain si particulier du 16mm possède un certain charme, et confère à l’image des teintes de couleurs très vives, parfaites pour retranscrire cette atmosphère 80s. Un film à la structure narrative particulière, pour conter cette belle romance estivale, au rythme des tubes de l’époque. En cela, la séquence en boîte de nuit est particulièrement intéressante, faisant état sans dialogues de la perception de cet amour pour chacun des deux protagonistes, sous des jeux de lumières et de couleurs magnifiques. Les deux comédiens, Félix Lefebvre et Benjamin Voisin (remarqué cette année dans La Dernière Vie de Simon évoqué plus haut), sont absolument flamboyants, et mériteraient d’êtres nommés ex-aequo aux Césars 2021.

Bande-annonce :


3. ADOLESCENTES

Réalisé par Sébastien Lifshitz

Avant Petite Fille, que j’évoque plus haut dans ce Top, Sébastien Lifshitz a sorti cette année un autre documentaire, dans lequel il va suivre Emma et Anaïs, de leurs 13 ans à leur majorité. A la manière de Richard Linklater dans Boyhood, le cinéaste va filmer le quotidien des ces deux amies pendant 5 ans. Deux amies, de milieux sociaux différents, que l’on va voir grandir à l’écran, évoluer, avec les transformations qu’implique l’adolescence, mais aussi en passant par les changements et bouleversements qu’a connu la France dans le même temps. Un film sur les petits et les grands événements de la vie, sur comment un adolescent se construit petit à petit, apprend à s’affirmer, à se relever après un échec ou une tragédie, à vivre tout simplement. Un film assez universel puisque chaque génération peut s’identifier à ces différentes étapes de la vie d’un ado, mais il est particulièrement intéressant que Sébastien Lifshitz montre également ce qu’il se passe dans la société Française, et comment Emma et Anaïs réagissent à cela. Comme par exemple les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan en 2015, qu’on a tous vécu de près ou de loin, à différents âges, mais c’est le regard porté par ces ados qu’il est intéressant de mettre en perspective, avec notre propre perception. Un visionnage particulièrement réjouissant, et émouvant, surtout pour des personnes (comme moi) étant passées par l’adolescence dans les années 2010. Criant de vérité, et très surprenant de savoir que c’est un documentaire, tant les deux familles se livrent profondément devant la caméra (à tel point qu’ils ne semblent pas la remarquer), avec une aisance assez stupéfiante.

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2. ADIEU LES CONS

Réalisé par Albert Dupontel

Après l’excellent Au-Revoir Là Haut en 2017, Albert Dupontel revient avec Adieu les Cons, un nouveau long-métrage original, dans lequel il fait l’éloge de l’amour et de la vie, tout en auscultant en toile de fond, la société, l’administration, et ce qu’elle peut engendrer comme solitude chez les gens. C’est un film drôle, mais aussi tendre, et émouvant. A ce titre, Virginie Efira démontre à nouveau que c’est une des meilleures actrices francophones du moment, avec une très belle performance, laissant éclater une sensibilité et une douceur désarmante, et ce, dès sa première scène. Dupontel a pris soin de composer une sublime photographie avec Alexis Kavyrchine, en proposant des couleurs parfois éclatantes, et de superbes jeux de lumières. La Défense n’aura jamais été aussi belle que dans ce film. Comme d’habitude, le cinéaste est très inspiré, délivrant énormément d’idées visuelles dont il a le secret. D’une folie renversante, Adieu les Cons s’impose comme un des films les plus réjouissants de cette année 2020.

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1. PLAY

Réalisé par Anthony Marciano

Si le film de Dupontel est peut-être objectivement le meilleur film Français de ce Top, Play se retrouve pourtant en première place pour une raison bien particulière. Sorti le 1er Janvier dernier, le film d’Anthony Marciano, qu’il a écrit avec Max Boublil fût ma première séance de cinéma de 2020, et un très gros coup de coeur. Play raconte l’histoire de Max, qui reçoit une caméra en 1993, pour ses 13 ans, et qui ne va pas arrêter de filmer sa vie avec sa famille et ses amis pendant 25 ans. Un film en « found-footage » donc, regroupant 25 ans de la vie de cette bande d’amis, traversant les années 90, 2000, et 2010. Difficile de ne pas s’identifier à tous ces moments de vie qui défilent à l’écran, comme une fenêtre sur notre passé. C’est avec beaucoup de nostalgie, d’émotion, et de rire que l’on observe les grands comme les petits moments de la vie. C’est justement ces petites choses, anodines, ces petits riens, qui finalement ont peut-être plus de saveur en prenant du recul. Anthony Marciano y incorpore également une vision intéressante sur le montage, prenant le concept du « found-footage » comme un véritable assemblage de séquences, pour construire un film. Regarder Play, c’est un peu comme regarder le film de votre vie, dans ses moments heureux, tristes, embarrassants, et hilarants. Une pépite à ne pas manquer.

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