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TOP FILMS 2023

Voici la dernière partie du Bilan Cinéma de 2023, avec le Top Films global, regroupant les films Français et Internationaux que j’ai le plus apprécié cette année. Un classement très difficile à réaliser encore cette année, et j’aurais même pu aller jusqu’à 20 places ! Pourtant, cela n’échappera pas à certains que des films de formidables cinéastes, qui ont été assez largement célébrés et placés dans de nombreux Tops sont absents du mien. Loin d’une volonté de ma part de me placer au dessus de la masse populaire des cinéphiles, mais plutôt un constat personnel, que ces films, que j’ai pour la plupart relativement apprécié, m’ont également déçu ou laissé des réserves suffisamment importantes pour que je ne les place pas dans mon panthéon cinématographique de 2023. Sans plus attendre, voici mes films préférés de l’année, en commençant par ceux qui ont failli intégrer le Top !

LE PROCÈS GOLDMAN de Cédric Kahn

DERNIÈRE NUIT À MILAN de Andrea Di Stefano

THE FIRST SLAM DUNK de Takehiko Inoue

LE RETOUR DES HIRONDELLES de Li Ruijun





15. LES FEUILLES MORTES

Réalisé par Aki Kaurismäki

Dans Les Feuilles Mortes, Aki Kaurismäki s’intéresse à un homme et une femme, tous deux travailleurs modestes, qui se rencontrent au hasard, se croisent, se perdent, se retrouvent… La photographie, sublime, participe à l’ambiance feutrée et au charme désuet des décors du film. Le cinéaste a un formidable sens de la composition des cadres, et surtout du montage, toujours très bien rythmé. Les séquences musicales sont assez amusantes, surtout avec ces contre-champs sur les clients du bar observant les chanteuses, dans une immobilité absurde rappelant les habitants de Twin Peaks. Les dialogues du film sont brillamment écrits, et rendent le film parfois hilarant grâce à des répliques savoureuses et subtiles. Kaurismäki dresse de jolis parallèles avec les personnages des Lumières de la Ville de Chaplin, dans un film intelligemment référencé, où le couple se lie grâce à un cinéma d’arts et essais. Une des très belles surprises de l’année.



14. FERMER LES YEUX

Réalisé par Victor Erice

Voilà plus de 30 ans que Victor Erice n’était plus revenu au cinéma. Il nous plonge ici dans l’enquête sur un film maudit, dont l’acteur principal a disparu de la circulation pendant le tournage, 22 ans auparavant. Mais peut-être que sa famille, et le réalisateur du film ont encore l’espoir de retrouver sa trace… Le récit prend son temps, nous invite dans des intérieurs feutrés pour écouter les personnages discuter de leur vie passée, de mémoire, de cinéma… Des dialogues captivants à tel point que l’on peut en perdre le fil par mégarde tant cela nous amène sur des réflexions profondes. Le retour du réalisateur de L’Esprit de la Ruche fait du bien, nous offrant des scènes parmi les plus belles de cette année 2023, comme ce moment suspendu où les personnages chantent la chanson de Rio Bravo, ou la séquence finale, majestueuse, bouleversante dans ce qu’elle dit du rapport que l’on a aux images, et à notre propre mémoire. Une symbolique d’une puissance inouïe, qui fait passer la tentative de Damien Chazelle (avec tout l’amour qu’on lui porte) pour un exercice d’étudiant en cinéma.



13. SIMPLE COMME SYLVAIN

Réalisé par Monia Chokri

Lorsque Sophia, prof de philosophie et en couple depuis 10 ans rencontre Sylvain, le charpentier censé rénover son chalet, c’est le coup de foudre. Le nouveau film de Monia Chokri, présenté en sélection Un Certain Regard à Cannes, nous raconte l’histoire de cette passion brûlante entre Sophia et Sylvain, pourtant opposés par un net écart de classe sociale. Si au départ, cette vie plus simple est rafraîchissante pour elle, qui commençait à s’ennuyer dans son cercle social intellectuel, cette relation pourra-t-elle durer sur le long terme ? La réalisatrice, accompagnée du talentueux André Turpin (collaborateur de Xavier Dolan) à la photographie, nous propose une mise en scène tantôt dynamique, tantôt subtile, usant d’effets de style tels que des zooms pour créer de l’humour (le film est vraiment très drôle), ou joue parfois avec les perspectives qu’offre son décor grâce à des miroirs et autres reflets pour signifier l’état émotionnel de ses personnages. Une comédie romantique très inspirée visuellement, merveilleusement écrite, avec quelques scènes mémorables, et qui a l’idée géniale d’intégrer Still Loving You des Scorpions à sa diégèse.



12. L’INNOCENCE

Réalisé par Hirokazu Kore-eda

Dans ce film puzzle, Hirokazu Kore-eda navigue entre les temporalités et les points de vues des protagonistes pour nous livrer son film « Rashômon ». Durant sa première heure, si son étrangeté et son ambiguïté captivent, il est difficile de comprendre où le film veut nous emmener. Mais à mesure que certains événements se déchiffrent en changeant de point de vue, le récit gagne une richesse thématique assez remarquable en abordant finement des sujets comme les troubles comportementaux des enfants et la difficulté des adultes de les appréhender, le harcèlement scolaire, et d’autres encore qu’il convient de ne pas divulguer. Un film délicat comme le metteur en scène nippon sait si bien le faire, accompagné d’une jolie partition, qui semble être la dernière de l’illustre carrière de Ryuichi Sakamoto, décédé en 2023.

Lire ma critique complète ici.



11. SHIN KAMEN RIDER

Réalisé par Hideaki Anno

C’est la 4ème fois qu’Hideaki Anno, créateur de la brillante série animée Neon Genesis Evangelion, travaille sur une relecture moderne de héros et figures iconiques de la pop culture japonaise, après Shin Godzilla, Shin Ultraman, et bien sûr le Rebuild d’Evangelion (appelé aussi Shin en terre nippone), qui revisite et réimagine sa série phare. Il s’attaque cette fois à Kamen Rider, célèbre héros de différentes séries « tokusatsu » (à effets spéciaux) produites depuis plus de 50 ans. Anno vient ici rendre hommage à ce héros cultissime en revenant à la sève de sa création : la série originale de 1971 et le manga publié à la même époque de Shotaro Ishinomori. Le film est à la fois une relecture passionnante, et une vraie proposition d’auteur de la part d’Hideaki Anno, qui réinvestit toutes les obsessions thématiques et visuelles de son chef-d’œuvre Evangelion dans ces aventures étonnantes, spectaculaires et audacieuses d’un des héros les plus célèbres de la pop culture Japonaise. Sans aucun doute le meilleur film de super-héros de 2023 et un des plus inspirés de ces dernières années.

Lire ma critique complète ici.



10. AFTERSUN

Réalisé par Charlotte Wells

Le premier long-métrage de Charlotte Wells aura laissé peu de monde indifférent cette année. Elle nous raconte ce qui semble être les dernières vacances d’un père et sa fille, explorant à travers leur relation fusionnelle les fêlures discrètes d’un homme. Un film composé comme une capsule de bonheur suspendu, éternel et mélancolique, d’une subtilité et d’une sensibilité rare. En plus de représenter l’éclosion d’une cinéaste à suivre, le film confirme la place de Paul Mescal au cinéma, après des débuts remarqués dans la série Normal People.



9. L’ARBRE AUX PAPILLONS D’OR

Réalisé par Pham Tien An

Sacré ni plus ni moins que Caméra d’or (meilleur premier film) au dernier Festival de Cannes, L’Arbre aux Papillons d’or mérite amplement sa récompense, et se révèle même plus impressionnant de maîtrise que certains films de la compétition officielle (et du palmarès mais on ne dira pas lesquels). Le film nous plonge essentiellement dans une quête mystérieuse, la recherche d’un frère parti depuis des années sans nouvelles, dans un sublime Vietnam rural. À travers de très longs plans séquences (loin d’être démonstratifs), le jeune cinéaste convoque des influences telles que les films d’Apichatpong Weerasethakul, ou encore le cinéma de Bi Gan, notamment Kaili Blues ou Un Grand Voyage vers la Nuit, pour sa capacité à nous hypnotiser et à troubler la frontière entre le rêve et la réalité.

On pense également par instants à Séjour dans les Monts Fuchun, un des plus grands films de ces dernières années, pour ses lents travellings venant révéler plusieurs éléments dans le décor méritant notre attention. Une œuvre de 3h mais dont on ne sent pas vraiment passer le temps, car la mise en scène perturbe notre perception. Il manque peut-être un certain point d’ancrage émotionnel dans cette histoire, pour que l’on soit totalement emporté par le pouvoir de fascination de ces images, mais c’est déjà assez captivant en tant que tel. Pham Thien An réalise un véritable tour de force cinématographique, faisant preuve de plus d’inspiration, de prise de risques et de maturité dans sa mise en scène que de nombreux cinéastes plus expérimentés, et l’on attend avec impatience ses prochains films. Une expérience sensorielle et mystique envoûtante.



8. PERFECT DAYS

Réalisé par Wim Wenders

Six ans après son précédent film, Wim Wenders revient avec une fiction au Japon, et Kōji Yakusho au casting, qui incarne un agent d’entretien de toilettes publiques à Tokyo. On suit son quotidien, que le cinéaste filme avec une grande tendresse, montrant son application à cette tâche qui semble ingrate, mais dont l’entrain accordé à ces gestes répétitifs est assez touchant. On sent que son personnage, malgré des carences affectives dans son entourage proche, est très heureux de son emploi, et de son quotidien, semblant s’émerveiller de choses simples, tel que le plaisir de manger son sandwich dans un parc et de prendre les mêmes arbres en photo chaque jour. Une poésie trouvée dans les petits riens de la vie de cet homme, brillamment incarné par Kōji Yakusho, acteur exceptionnel (Cure, Tampopo), qui ici est quasi-mutique, mais parvient à transmettre tellement d’émotions rien qu’avec son regard et ses petits sourires…

On sent également tout l’amour du cinéaste pour le Japon, mais ce qui est appréciable, c’est qu’il ne tombe pas dans une exploration type carte postale de Tokyo, et surtout du quartier populaire de Shibuya dans lequel travaille son personnage, mais va plutôt filmer des coins plus confidentiels, comme le faisait Yasujiro Ozu, immense cinéaste et sa plus grande inspiration. Le film de Wim Wenders était un des plus beaux de la compétition à Cannes, avec son atmosphère douce et chaleureuse, rythmée par une playlist Rock rétro de bon goût, et en bonus une sublime reprise japonaise d’un titre ultra célèbre. Prix d’interprétation largement mérité.



7. JAWAN

Réalisé par Atlee

On tient probablement là le meilleur film d’action de l’année (et sans doute le meilleur film de gauche) dans lequel le fabuleux Shah Rukh Khan vient à nouveau nous régaler, et se dédouble, histoire de donner deux fois plus de plaisir. Après l’ahurissant RRR en 2022, c’est Jawan que le cinéma Indien nous envoie pour nous donner notre dose d’action épique, de scènes musicales exaltantes, et plus largement, de spectacle absolument jouissif. Le bon SRK est iconisé comme un demi-dieu, et nous sert sans forcer les scènes d’action les plus inspirées et maîtrisées de l’année, rappelant les folies d’un George Miller, ou des Wachowskis sur Matrix Reloaded. La sublime Deepika Padukone tient ici un rôle secondaire, mais assez émouvant, et offre des scènes de sororité absolument saisissantes. Tout un programme qui démontre à nouveau que le cinéma Indien est rarement dépassé en termes de spectacle pur, et ce film s’inscrit, comme RRR dans la tradition du cinéma d’action Hongkongais : fou, généreux, et héroïque.



6. LES HERBES SÈCHES

Réalisé par Nuri Bilge Ceylan

Nuri Bilge Ceylan est toujours un cinéaste très attendu, notamment à Cannes, ayant remporté un Grand Prix en 2011 pour Il était une fois en Anatolie, et la Palme d’or en 2014 pour Winter Sleep, un des plus grands films des dix dernières années. Son nouveau film, Les Herbes Sèches, ne déçoit pas. Comme à son habitude, Ceylan nous livre un film très bavard mais aux dialogues passionnants, parfois dans des ambiances feutrées à la Winter Sleep, avec des comédiens formidables, en particulier le principal qui arrive à rendre compte de la complexité de son personnage, entre une attitude (trop ?) chaleureuse, et des expressions terrifiantes. Le film est à son image : complexe, ambigu, retors, et parvient à nous surprendre avec une mise en abîme de la notion de récit, entre réalité et mensonges. Le cinéaste parvient comme toujours à trouver de sublimes idées de mise en scène, même pendant un long dialogue où notre regard s’était confortablement habitué à un champ-contrechamp classique. Difficile de tout appréhender tant le film est riche, mais c’est véritablement un film fascinant, et un de ses plus étonnants.



5. LE GARÇON ET LE HÉRON

Réalisé par Hayao Miyazaki

Le grand retour du maître de l’animation Hayao Miyazaki, 10 ans après Le Vent se Lève, sublime film qui devait être le dernier de sa carrière. Le cinéaste sort de sa retraite (et prépare déjà son film suivant) pour nous offrir Le Garçon et le Héron, sorti sans aucune publicité ou images promotionnelles au Japon l’été dernier, sous le titre cryptique « Et vous, comment vivrez-vous ?« . Dès le départ, on reconnaît son style visuel, et pourtant, il expérimente de nouvelles choses jamais vues dans son cinéma. En nous contant l’histoire de Mahito, ayant perdu sa mère dans les flammes de la guerre, et devant explorer un monde fantastique pour retrouver la nouvelle femme de son père, Miyazaki nous parle de deuil, d’acceptation d’une nouvelle vie, mais va aussi jusqu’à introduire des messages subliminaux quant à l’avenir du Studio Ghibli, et de la recherche d’un successeur. Son univers visuel est toujours aussi foisonnant, unique et trouble certains concepts manichéens, mais va aussi jusqu’à pervertir son propre imaginaire et la perception que le spectateur en avait, tout en y intégrant des rappels constants à la mort. Ce film est sans doute son plus complexe et en a laissé plus d’un sur le carreau, mais il est suffisamment riche pour être fascinant, et donne envie de le revisionner plusieurs fois pour comprendre toujours plus de détails. Personne n’arrive à la cheville d’Hayao Miyazaki en termes d’animation, et il prouve avec cette nouvelle oeuvre que c’est encore vrai, du haut de ses 83 ans.



4. GODZILLA MINUS ONE

Réalisé par Takashi Yamazaki

Le Roi des monstres est de retour, cette fois dans un long-métrage Japonais, une première depuis maintenant 7 ans et la sortie de Shin Godzilla, la Toho ayant dû entre temps laisser les américains exploiter la licence. Mi-film de guerre, mi-film catastrophe, avec des scènes sidérantes traversées d’influences telles que les Dents de la Mer, dans un récit trouvant ses personnages les plus touchants et incarnés depuis… le film original de 1954 ? Godzilla Minus One, par sa dimension humaine et émotionnelle, qui parvient à être aussi puissante que le spectacle époustouflant des séquences d’action, s’impose comme un des meilleurs films de la franchise, et un des plus grands blockbusters de ces dernières années, traversé par la rage de vivre bouleversante d’un peuple en reconstruction d’après-guerre.

Lire ma critique complète ici.



3. THE FABELMANS

Réalisé par Steven Spielberg

Le cinéma de Steven Spielberg était jusqu’ici parsemé de références et parallèles à son enfance et le divorce de ses parents, mais c’est ici, dans The Fabelmans que le cinéaste se livre plus que jamais dans ce récit très autobiographique. Il nous invite dans l’intimité de sa famille, au cœur du plus grand drame de sa vie, tout en exposant sa passion grandissante pour le cinéma et sa technique. Le réalisateur filme tous ces petits moments de vie qui ont façonné le brillant artiste qu’il est devenu, que ce soit à travers des films faits avec ses amis, un film d’école, ou de vacances passées avec sa famille, et l’image dévoile qui il est mais son point de vue peut changer la nature de ceux qu’il filme. À ce titre, la séquence où il découvre les rushes de son film familial, est une des plus vertigineuses de l’année (et de sa filmographie ?) dans un geste de mise en scène convoquant Antonioni et De Palma. Sur une note plus personnelle, le film évoque mon propre parcours de cinéaste en herbe, et certains dialogues font directement écho à des conversations avec mes proches, ce qui me touche profondément.



2. KILLERS OF THE FLOWER MOON

Réalisé par Martin Scorsese

Après l’exceptionnel The Irishman, mettant un point final à l’exploration du film de gangsters pour Martin Scorsese, on attendait avec impatience son prochain projet, qui réunit pour la première fois ses deux acteurs fétiches : Robert De Niro et Leonardo DiCaprio. Face à eux, Lily Gladstone brille, et représente le coeur émotionnel du film, dans sa dimension la plus tragique. Killers of the Flower Moon est un film dense, ambigu et violent, dans lequel Scorsese parvient à la fois à dépeindre un capitalisme insidieux, comme une odeur de mort empoisonnée, et à magnifier les victimes, la communauté Osage, en leur donnant une voix, désinvisibilisant ainsi leur histoire oubliée. Une grande fresque historique, entre western, drame intimiste et polar, progressant comme une marche funèbre. Une des œuvres les plus importantes et singulières de la filmographie du maître à n’en point douter.

Lire ma critique complète ici.



1. LA PASSION DE DODIN-BOUFFANT

Réalisé par Tran Anh Hung

En première position de ce top se retrouve le dernier Prix de la mise en scène à Cannes, et qui aurait même mérité une Palme. La Passion de Dodin-Bouffant est un extraordinaire mélange de délicatesse, d’amour, de bonne cuisine, et de talent, que ce soit devant ou derrière la caméra. Le réalisateur de L’Odeur de la Papaye Verte déploie toute sa virtuosité de mise en scène pour nous offrir un ballet romantico-culinaire des plus somptueux, dans lequel surnagent deux comédiens en état de grâce. Film éblouissant de beauté, qui met les papilles des spectateurs à rude épreuve.

Lire ma critique complète ici.



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