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THOR : LOVE AND THUNDER – CRITIQUE

Près de 5 ans après Ragnarok, Taika Waititi revient à la mise en scène de ce quatrième opus des aventures de Thor, une première pour un héros Marvel au cinéma. On retrouve le fils d’Odin cette fois accompagné des Gardiens de la Galaxie, mais aussi de son ex-petite amie, le Dr. Jane Foster (Natalie Portman), qu’on avait plus vue depuis Thor 2 en 2013.

Le cinéaste Néo-Zélandais avait proposé dans Ragnarok un spectacle barré, très drôle – probablement le Marvel avec le plus de vannes, mais aussi l’humour le mieux écrit – et malgré le fait que la comédie venait parfois désamorcer de grands moments dramatiques, il en reste que Thor avait connu son développement le plus intéressant dans ce film. Une vraie renaissance du personnage, dont le point culminant était atteint dans Avengers Infinity War, avant d’être ridiculisé dans Endgame, pour les besoins d’un running gag de mauvais goût. [lisez cet article sur le sujet]

On pouvait alors se demander vers quelle direction allait le personnage pour la suite de ses aventures. Le problème étant qu’après le succès au box office de Thor Ragnarok, et de Jojo Rabbit aux Oscars, Taika Waititi s’est vu octroyer davantage de pouvoir chez Disney. Des épisodes de Mandalorian réalisés (saison 1 et saison 3), un film Star Wars en développement, et donc le premier 4ème film solo d’un Avenger, avec sans doute plus de contrôle créatif.

Cela se ressent beaucoup sur le résultat final. Un film qui laisse plus de place aux délires puérils du cinéaste, mais qui manque de discipline narrative, et visuelle. Le scénario semble avoir été écrit par un enfant de 10 ans qui passe son temps à jouer avec des figurines Marvel et à regarder des memes sur internet (cf : le cri des chèvres). C’est à peine si l’on distingue quelques idées de mise en scène, présentes surtout pour les apparitions de Gorr, ou pour quelques jolis plans pour iconiser Thor en plein saut. Du reste c’est très plat, et surtout très laid. A se demander comment un film à 250 millions de dollars de budget peut produire des visuels aussi moches et des effets spéciaux aussi peu aboutis. (Un élément de réponse peut être apporté dans cet article).

De belles idées de concepts visuels pour les décors sont à noter, comme Omnipotence City, ou le Royaume des Ombres qui fait perdre les couleurs vives. C’est justement le passage le plus intéressant du film visuellement, où l’image a du relief (peut-être que le directeur photo était sur le plateau cette fois), avec quelques idées sorties du cinéma d’horreur pour montrer des bêtes sortant littéralement des ombres. Cependant, cette séquence à l’atmosphère sombre s’achève rapidement pour passer à un combat pas très bien filmé et sans aucun sens du découpage (des plans inutiles, et montés à la truelle)…

Même Christian Bale n’arrive pas à relever le niveau tant son personnage est peu présent et développé. Son design n’est pas si mal, mais entre son cabotinage et le fait qu’il n’est jamais caractérisé comme une grande menace (tueur de Dieux, mais seulement de petits Dieux), on se retrouve davantage avec un Voldemort au rabais qu’avec un antagoniste crédible.

Taika Waititi semble davantage être motivé par la quantité de blagues (beaucoup moins drôles que dans Ragnarok), que par le fait de raconter quelque chose d’intéressant avec ses personnages. On nous assène plusieurs fois le fait que Thor ne sait pas qui il est alors que c’était déjà l’enjeu du film précédent, qu’il avait résolu et entériné dans Infinity War… puis l’on passe sur ses problèmes amoureux, donnant lieu à des scènes de rom-com dignes d’un téléfilm M6 le dimanche après-midi (et c’est presque leur faire offense). Enfin, les nouveaux pouvoirs de Jane sont à peine justifié, si l’on considère qu’il y a une explication, elle est très maigre et introduite entre deux vannes… D’autant que sa présence en tant que Mighty Thor n’apporte pas grand chose puisque Waititi n’arrive jamais à proposer une bataille spectaculaire, même dans le climax, ce qui est un comble avec deux Thor et leurs pouvoirs entre les mains.

Le cinéaste semble avoir vraiment pris la grosse tête ces dernières années, pensant faire un film irrévérencieux, sauf que c’est d’une débilité profonde, et qu’il s’efforce de ne jamais traiter sérieusement ce qui le nécessiterait (Zeus, pauvre Russell Crowe), sauf quand il s’agit de justifier l’existence d’une suite. Il semble aussi penser que placer du Guns N’ Roses sur certaines scènes d’action au lieu d’une partition instrumentale rend aussitôt le film cool, alors que c’est juste très artificiel. N’est pas James Gunn qui veut et surtout dans Ragnarok il avait fait meilleur usage de chansons connues, comme Immigrant Song de Led Zeppelin, qui avait un vrai écho narratif.

Thor : Love and Thunder reste plutôt divertissant pour tout spectateur cherchant à occuper du temps de cerveau, mais au risque de perdre des neurones en route devant ce film absolument anecdotique, laid et idiot, dans lequel se débattent tant bien que mal les talentueux Chris Hemsworth (oui), Natalie Portman, Tessa Thompson, et Christian Bale.

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