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THE BATMAN – CRITIQUE

Voilà un film extrêmement attendu, repoussé plusieurs fois à cause de la pandémie, trouvant enfin son chemin vers les salles obscures ce mercredi 2 mars. Projet mené par Matt Reeves, le réalisateur des deux derniers films la Planète des Singes, avec Robert Pattinson, étoile montante du cinéma indépendant US depuis quelques années, dans le rôle mythique du Chevalier Noir. Le reste du casting est tout aussi prestigieux avec Zoë Kravitz dans le rôle de Selina Kyle / Catwoman, Paul Dano pour incarner The Riddler, Colin Farrell (méconnaissable) en Pingouin, Jeffrey Wright en Commissaire Gordon, et enfin John Turturro dans la peau du parrain de la mafia Carmine Falcone. De quoi saliver sur le papier.

Matt Reeves opte ici pour une adaptation très sombre et réaliste, plus proche des travaux de Christopher Nolan que ceux de Zack Snyder, mettant l’accent sur l’état de la ville et la psychologie du justicier. Ce Batman est jeune, mais contrairement à celui de Begins, il a déjà 2 années d’expérience à son actif. Si ses aptitudes de détective sont remarquables, lui permettant de travailler main dans la main avec Gordon, il a tendance à se laisser consumer par sa rage intérieure. Ce qui lui vaut une réputation terrifiante auprès des criminels, comme on nous le présente dans le premières minutes du film, avec ce joli travail de hors-champ dans les ruelles sombres de Gotham, où les voyous redoutent sa présence tapie dans l’ombre, comme une violente vendetta prête à surgir à tout moment.

La représentation de Gotham est d’ailleurs une des réussites du film, oscillant entre une architecture à grande échelle et des recoins plus sombres et poisseux, dans une atmosphère de ville malade magnifiée par le talent du directeur de la photographie Greig Fraser (Star Wars : Rogue One, Dune). Cette dualité est présente chez le Chevalier Noir, passant le plus clair de son temps à arpenter les rues de Gotham ou terré dans la Bat-Cave, qu’à apparaître en public en tant que Bruce Wayne,. C’est son masque qui devient sa véritable identité. Robert Pattinson confirme qu’il est à la hauteur du rôle, notamment sous le costume, où il dégage une présence à la fois impressionnante et vulnérable.

Beaucoup de place est également donnée au personnage de Selina Kyle, et à sa relation tendue avec Batman. Zoë Kravitz offre peut-être le portrait le plus émouvant de Catwoman au cinéma, et pourtant Michelle Pfeiffer est absolument iconique dans le rôle. Mais son aspect femme fatale, rebelle, et d’une grande vulnérabilité, ancrée dans la réalité sociale de Gotham a de quoi énormément séduire. Ses apparitions sont sublimées par un thème musical rappelant l’ambiance des vieux films noirs Hollywoodiens, composé par le génial Michael Giacchino qui se surpasse dans ce film, y compris pour le thème de Batman.

Cependant, la plus grande réussite du film réside dans son approche du genre. Matt Reeves tient pour objectif de faire un film non pas sur un super-héros, mais sur le « plus grand détective du monde », une réputation jusqu’ici entraperçue au cinéma, mais surtout employée dans les comics. Allant chercher du côté de Seven de David Fincher, French Connection de William Friedkin, ou même parfois du Saw de James Wan, The Batman est un pur film d’enquête, où les personnages vont se développer au rythme de celle-ci.

Le film se targue de quelques scènes d’action de très bonne facture, dont une course-poursuite fulgurante avec le Pingouin, qui malgré un découpage un peu chaotique par instants, se révèle assez jouissive et généreuse. Ces scènes font partie du film car l’histoire le permet mais ce n’est jamais le récit qui cherche à créer à tout prix de telles séquences, même dans le climax, qui évite une surenchère d’action spectaculaire et d’effets spéciaux. On ressent dès lors un vrai parti-pris d’auteur, voulant vraiment garder l’enquête et la dimension psychologique au centre du film, au lieu de se plier à un cahier des charges typique des récentes productions super-héroïques.

C’est d’ailleurs paradoxalement là sa limite, si le fait de s’écarter un final ultra-spectaculaire est louable, le film échoue à créer une réelle catharsis, une vraie mise à l’épreuve pour le justicier, de laquelle il ne ressortirait pas indemne. À l’image de grands polars comme Seven dont il s’inspire énormément, ou de Memories of Murder.

En résulte tout de même un polar passionnant, dont la durée approchant les 3 heures ne se fait pas vraiment ressentir, proposant de très belles idées de mise en scène, dans une relecture plus violente et torturée du Chevalier Noir. Paul Dano excelle dans le rôle du Riddler, incarnant un antagoniste perturbant, dont les apparitions se rapprochent du film d’épouvante. Le long-métrage, dans son atmosphère grunge, poisseuse et nihiliste, n’oublie pas d’y distiller une dimension romantique et poétique, comme en témoigne ses toutes dernières minutes.

Si le film de Matt Reeves ne se hisse pas à la hauteur de The Dark Knight de Christopher Nolan, reste que c’est une des meilleures adaptations de Batman à ce jour, et qu’il sera intéressant de voir ce qu’il pourra proposer dans les suites prévues, après cet excellent premier opus s’imposant déjà comme un des films à grand budget les plus intéressants de ces dernières années, grâce à la vision unique de son auteur.

Bande-annonce :

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