Aller au contenu

SPIDER-MAN : NO WAY HOME – CRITIQUE

Après toutes ces rumeurs et théories depuis des mois, ce troisième opus des aventures de Spider-Man dans le Marvel Cinematic Universe, tant fantasmé par les fans, est enfin sorti en France.

DISCLAIMER : Tout ce qui n’a pas été montré ou suggéré dans les bandes-annonces sera abordé à la fin de cette critique dans une zone spoilers.

Le concept de multivers et d’univers parallèles avait été abordé dans le superbe film d’animation Spider-Man New Generation, ainsi que dans Far From Home, le précédent volet. Ici, suite à la divulgation publique de son identité, Peter Parker sollicite Docteur Strange pour lancer un sort permettant de faire oublier l’identité de Spider-Man au monde entier. Sauf que ça ne se passe pas comme prévu, et des distorsions se créent dans l’espace-temps, amenant à New York des super-vilains ayant combattu l’homme-araignée dans d’autres univers, comme le Bouffon Vert, le Docteur Octopus et l’Homme-Sable, issus de la trilogie de Sam Raimi, ainsi que le Lézard et Electro, provenant des films Amazing Spider-Man de Marc Webb. D’autres invités prestigieux étaient également attendus mais leur présence n’a pas été confirmée avant la sortie du film.

Autant dire que si un crossover pareil peut faire saliver sur le papier, ce n’est pas une mince affaire pour l’écrire convenablement. On peut dire que si certaines choses sont bien gérées, d’autres laissent extrêmement dubitatif. Par exemple, le fait que Peter décide de guérir les méchants afin qu’ils échappent à la mort en retournant dans leur univers, c’est une très bonne idée, dans l’esprit de ce qu’est Spider-Man. Mais plusieurs problèmes gravitent autour.

Pour en arriver à cette situation d’ouverture du mutivers, il faut passer par un sort de Docteur Strange qui tourne mal car Peter le déconcentre, en voulant lui faire modifier les paramètres. C’est un problème car Strange, ayant montré une grande sagesse et beaucoup de clairvoyance dans la crise face à Thanos, prend quand même le risque de jeter ce sort d’amnésie sur la Terre entière, donc pas à prendre à la légère, et ne pense même pas à préciser à Peter AVANT de lancer le sort, que ça s’appliquera à tout le monde sauf si il souhaite exempter des gens.

De même que Peter, ayant vécu les événements de ses films respectifs, ainsi que ceux d’Infinty War et Endgame, devrait avoir la maturité nécessaire pour accepter son destin et essayer de régler ses problèmes autrement qu’avec un tour de magie. Strange a beau lui reprocher et souligner le fait que « malgré tout ce qu’ils ont traversé, c’est encore un gamin », ce n’est pas suffisant. Ce n’est pas en énonçant les failles du scénario que ça les rend acceptable. Alors oui, Peter prendra enfin une décision mature à la fin du film, mais le problème c’est qu’il aurait déjà dû en être capable au début. Un exemple typique des scénaristes qui écrivent les personnages sans tenir compte d’une continuité narrative et psychologique, juste pour arranger leurs péripéties absurdes.

Il y a encore d’autres choses à dire sur le scénario, qu’il faudra aborder dans la zone spoilers, mais pour ce qui est de la mise en scène, on peut déjà conclure que c’est dans la lignée des deux précédents films, Jon Watts n’est définitivement pas un très bon réalisateur. Soit il ne prend pas le temps d’iconiser ses personnages, soit quand il essaye l’exécution est ratée, le découpage des plans et le montage sont assez catastrophiques, parfois sans vraie logique artistique. La mise en scène manque grandement d’énergie et d’ampleur, c’est mou, souvent terne et laid, et la créativité visuelle est assez pauvre. Même quand on sent que dans de rares moments, le cinéaste a une ou deux bonnes idées de plans, c’est à chaque fois gâché par le montage, par un manque de fluidité, ou par une composition de cadre peu esthétique.

On est à des années lumières de la folie et de l’inventivité visuelle de Sam Raimi sur sa trilogie avec Tobey Maguire. Voire même des deux films de Marc Webb. Un souci récurrent dans les films de Watts, qui survient encore ici, c’est qu’il ne sait pas comment filmer Spider-Man se déplaçant de toile en toile. Jamais on a cette impression de vitesse et de vertige.

Pour conclure cette partie sans spoilers, ce troisième opus des aventures de Tom Holland dans le costume de Spider-Man a beau être généreux en fan service, il reste laborieux, notamment avec un scénario très artificiel et convenu, des dialogues que l’on peut presque tous anticiper, des touches d’humour vraiment inutiles et une mise en scène globalement sans grandes idées ni sens de l’esthétique (à défaut d’être intelligent, ça pourrait être beau). Les décors sont assez pauvres aussi et pas utilisés à bon escient. Il restera évidemment des moments probablement gravés dans le coeur des fans, mais ce ne sera pas un film intéressant à revoir pour des scènes d’une grande qualité cinématographique, contrairement à certains de ses prédécesseurs…


ZONE SPOILERS

Maintenant, rentrons un peu plus dans le détail. Parlons des méchants. Oui, Willem Dafoe est un excellent acteur et il régale encore une fois en Bouffon Vert, c’est juste dommage que son nouveau costume, mixé entre celui du film et celui des comics soit si laid. Le Lézard est assez inexistant, trop peu d’épaisseur et de temps d’écran pour être un minimum intéressant. Electro paraît beaucoup plus confiant (et musclé) que dans Amazing Spider-Man 2, alors qu’il est censé en provenir. Beaucoup trop différent, il perd totalement son côté loser, et ses tics de langage. Un choix assez incompréhensible, d’autant plus qu’à priori, il n’est pas censé connaître l’identité de Spider-Man donc il n’a aucune raison d’être là.

Concernant Flint Marko, l’Homme-Sable, il est quand même assez ahurissant de constater ici qu’il est non seulement moins bien filmé mais surtout beaucoup moins bien modélisé qu’en 2007 dans Spider-Man 3, malgré le budget pharamineux et les moyens techniques du film. Son écriture est absolument indigente, avec des motivations qui n’ont aucun sens. Il dit clairement vouloir retourner dans son univers, mais quand le Lézard et Electro trahissent Peter, il va avec eux alors qu’ils comptent clairement rester… Le Docteur Octopus est assez fidèle à lui-même, c’est juste déprimant de passer de Sam Raimi à Jon Watts pour le filmer. Aussi, il disparaît sans raison pendant plus de 30 minutes puis revient pile au bon moment dans le climax.

Tobey Maguire et Andrew Garfield sont bien dans le film, probablement le secret le moins bien gardé d’Hollywood d’ailleurs, et ils font du bien. Gros plaisir de les revoir évidemment, et ils apportent une sorte de lien fraternel à Tom Holland, lui faisant comprendre qu’eux aussi ont connu des moments difficiles et qu’il ne faut pas baisser les bras. On peut clairement dire que leur présence est ce qu’il y a de plus réjouissant dans le film, en plus d’amener des choses intéressantes en termes de développement de personnage.

Cependant, tout ne fonctionne pas parfaitement. Tout d’abord leur entrée est assez pauvre visuellement, aucun travail d’iconisation, ni de composition de plan ou de travail de photographie soigné. S’en suivent les blagues à répétition ridicules de la grand-mère de Ned, encore un trait d’humour pas spécialement désopilant qui vient désamorcer un moment sérieux et important, qu’on avait pas besoin de traiter avec un ton comique.

Même chose plus tard lorsqu’ils fabriquent les antidotes, Ned vient demander à Tobey Maguire si il avait aussi un meilleur ami, et ses réponses sont absolument tragiques en évoquant Harry Osborn. Le problème est que la manière dont réagit Ned et les gags qui suivent sont complètement à côté de la plaque. Pourquoi rire de cette terrible histoire ? C’est la première fois qu’on l’entend s’exprimer dessus, n’ayant pas eu l’occasion d’en parler à la fin de Spider-Man 3, et son récit aurait pu faire comprendre à Ned le fardeau que cela représente d’être Spider-Man, et l’importance d’être bien entouré. Mais non, il fallait traiter tout ça comme quelque chose de comique. C’est symptomatique du travail d’écriture chez Marvel depuis des années, comme si les scénaristes pensaient que s’ils ne respectaient pas un quota de blagues à la minute, les spectateurs pouvaient s’ennuyer.

On pourrait dire la même chose d’autres gags comme le passage où Andrew Garfield fait craquer le dos de Tobey Maguire. Si la réplique de départ sur le mal de dos est drôle et pertinente, nul besoin de pousser la scène jusque-là, vraiment personne n’avait besoin de voir ça. Pareil pour la discussion sur les projections de toiles. Oui, c’est différent pour Tobey, on a compris, pas besoin d’insister à ce point dessus, ni de faire dévier la conversation sur des sous-entendus scabreux. La blague (entendue dans la bande-annonce) sur le nom Otto Octavius est assez navrante également. 60 ans de comics avec ce personnage pour qu’on en vienne à se moquer de son nom, sérieusement ? Ce n’est pas comme si il y avait vraiment matière à en rire.

Enfin, cela rejoint le paragraphe plus haut concernant la mise en scène mais là impossible de ne pas remarquer (à moins d’avoir des problèmes de vue), à quel point la façon de filmer les 3 Spideys est molle. Par exemple, le moment où ils sautent tous ensemble, là on a un début d’idée sympa sur le papier, sauf que Jon Watts le fait en 3 plans, qui bougent très peu, mais n’est en plus pas capable de laisser durer son money shot avec les 3 qui atterissent côte à côte. Sam Raimi l’aurait fait en un seul plan avec la caméra qui virevolte tout autour d’eux, et probablement une idée de montage dynamique pour clore le plan plutôt qu’un cut banal. C’est le mot, la mise en scène de No Way Home est banale. Même la musique n’est jamais vraiment utilisée pour donner de l’ampleur aux images pendant l’action. La seule scène ayant un réel intérêt visuel est celle de la dimension miroir de Docteur Strange, mais ça, on l’avait déjà vu dans son film, donc plutôt à mettre au crédit du réalisateur Scott Derrickson et de son équipe.

En plus de ne pas savoir comment filmer ses personnages en action, le réalisateur ne sait pas non plus quoi faire de ses décors, notamment celui du climax, la Statue de la Liberté avec le bouclier de Captain America, entourée d’échafaudages. Un lieu intéressant pour mettre en scène de l’action, et surtout avec des personnages aussi agiles que les Spideys ou les méchants qui le sont tout autant, voire qui volent. Le problème c’est que la statue, on la voit à peine, et les échafaudages, qui pourraient vraiment servir à la fois pour se déplacer mais aussi pour se battre, mais Jon Watts n’en fait rien.

Autre exemple probant : le sauvetage de MJ par Andrew Garfield, rappelant l’échec ayant mené à la mort de Gwen Stacy dans The Amazing Spider-Man 2. Ici, c’est une idée vraiment pertinente qu’il réussisse à la sauver de sa chute, le problème c’est qu’encore une fois, Jon Watts ne parvient pas à insuffler d’ampleur au sauvetage. Dans le film de Marc Webb, toute la chute de Gwen était très stylisée, usant de ralentis tout le long afin d’étirer le temps, ainsi que des d’effets comme le bullet time pour la toile censée la rattraper. Dans No Way Home, tout va trop vite, la scène dure une dizaine de secondes contre presque une minute dans le film de 2014. Il aurait été intéressant de faire durer davantage, voire même de placer un plan flashback de Gwen en miroir de MJ, mais non, à peine un petit ralenti au début, et c’est terminé. La fin de la scène est intéressante, avec les larmes d’Andrew Garfield, mais voilà, ce ne sera encore une fois pas une scène que l’on pourra revoir pour un intérêt cinématographique.

On pourrait encore s’attarder sur d’autres défauts problématiques, mais il convient maintenant de conclure. Le bilan est plus que mitigé pour ce Spider-Man No Way Home, qui offre de nombreux moments de plaisir aux fans, mais à quel prix ? Des ficelles scénaristiques absurdes, un humour trop omniprésent, une mise en scène aussi peu inspirée que techniquement aboutie, et un travail de photographie encore une fois d’une pauvreté absolue. Un film qui restera dans les esprits pour son côté événementiel, un peu comme une fan-fiction de luxe, mais pas pour des raisons cinématographiques.


Bande-annonce :


Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *