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MOURIR PEUT ATTENDRE – CRITIQUE

Le voilà enfin. Attendu initialement en avril 2020, et après de multiples reports, le dernier film de Daniel Craig dans le rôle de James Bond sort ce mercredi 6 octobre en France.

Première fois dans cette illustre saga qu’un film est préparé en sachant que ce sera le dernier de son interprète. L’époque Craig a aussi marqué la première fois qu’une série de films 007 suivait une véritable continuité narrative. Clap de fin pour un acteur qui aura définitivement dépoussiéré les codes de la franchise issue des ouvrages de Ian Fleming.

Cary Joji Fukunaga prend la responsabilité de réaliser cet opus, après s’être illustré notamment avec la saison 1 de True Detective, et la mini-série Maniac.

Dans la droite lignée de Casino Royale et Skyfall, ce chapitre final entreprend de décortiquer davantage la psychologie de James Bond. On le sait, cette version de l’agent 007 est plus moderne, plus humain. Si la carapace de l’espion insensible et séducteur qui caractérisait le personnage a été brisée dans Casino Royale par son idylle avec Vesper Lynd, Bond a vécu de nombreux traumatismes dont il est difficile de se défaire, ce qui entrave sa quête de bonheur et de vie paisible avec Madeleine Swann.

No Time to Die met donc l’accent sur la vie personnelle de James Bond, adoptant un ton résolument plus mélodramatique, afin de creuser davantage l’homme sous le costume. Une fois n’est pas coutume, le film démarre sur la nouvelle vie de l’ancien espion, en voyage en Italie avec sa dulcinée. S’en suivra une course contre la mort brutale et déchirante, offrant des séquences d’action spectaculaires. Il faut saluer les performances de Daniel Craig et Léa Seydoux (stop au bashing systématique), excellents tout au long du film, mais plus particulièrement dans ce segment pré-générique.

La réalisation est globalement assez inspirée, on peut citer à cet égard la scène d’ouverture qui s’apparente à celle d’un slasher comme Halloween ou Scream. Les scènes d’action sont de très bonne facture, bien chorégraphiées avec un découpage toujours très lisible, proposant également un plan séquence violent et sous tension dans une cage d’escalier.

Tourné en pellicule, le grain à l’image apporte beaucoup de charme, notamment dans le traitement des lumières et des couleurs. La photographie sublime de Linus Sandgren rappelle parfois son travail sur La La Land avec ces magnifiques ciels violets. À de nombreuses reprises, on constate une atmopshère très douce et crépusculaire pendant les moments plus intimes et romantiques, comme pour signifier que l’amour est la porte de sortie de Bond, que la fin de ses aventures est proche.

Pour bien conclure cette saga, il fallait évidemment raccrocher les wagons avec les différentes pistes narratives de Spectre, ce qui occasionne deux des meilleures séquences du film. La première étant le retour de Christoph Waltz dans le rôle de Blofeld, dont la visite en prison rappelle énormément Le Silence des Agneaux, à travers la manière dont il est iconisé par la mise en scène. Waltz pose un peu plus son jeu que dans le précédent film, apparaissant moins cartoonesque, pour coller à l’atmosphère de la scène, qui marche grâce à une double tension très efficace.

Impossible de ne pas mentionner une autre séquence liée à Spectre se déroulant à Cuba, qui offre l’occasion à Daniel Craig et Ana De Armas de se retrouver après leur collaboration dans À Couteaux Tirés. La jeune femme incarne Paloma, une espionne de la CIA, peu sûre d’elle mais extrêmement compétente. Elle apporte un grain de folie pétillant et charmant qui ne laissera probablement aucun spectateur indifférent. Une apparition trop brève, tant le personnage et l’interprétation de l’actrice sont attachants.

En revanche, si son introduction est vraiment réussie, le traitement de l’antagoniste, joué par Rami Malek, n’est pas suffisamment développé pour convaincre pleinement, malgré une présence à l’écran inquiétante et quelques débuts d’idées intéressantes. L’arme qu’il a en sa possession est redoutable, et s’aligne parfaitement avec ce qui tourmente Bond : la peur de perdre un être cher. C’est cette idée, qui traverse le long-métrage, le ramenant à son passé, mais aussi à devoir embrasser totalement le futur, prouvant qu’il n’est plus le même qu’à ses débuts.

Il est intéressant de voir à quel point les scénaristes ont utilisé la mythologie du personnage, et notamment son célèbre matricule pour aller plus loin dans la déconstruction de l’icône en smoking, opérée depuis Casino Royale. À ce titre, le personnage incarné par Lashana Lynch est vraiment intéressant, et un joli pied de nez à ceux qui pensaient que le nouveau Bond serait une femme.

Le célèbre compositeur Hans Zimmer a été choisi pour s’occuper de la bande originale, et globalement, il adapte grandement son style à l’identité musicale de la saga, sauf pour quelques variations, rappelant fortement son travail sur The Dark Knight.

No Time to Die offre une conclusion spectaculaire et émouvante, pour une saga qui aura su se réinventer avec intelligence depuis 15 ans. Daniel Craig tire sa révérence en livrant une performance remarquable, et toujours avec autant de classe. Une incarnation passionnante de James Bond, qui marque définitivement son époque et qu’il sera difficile de remplacer.


Bande-annonce :

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