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MATRIX RESURRECTIONS – CRITIQUE

Près de 18 ans après les sorties successives de Reloaded et Revolutions, Matrix revient pour un quatrième opus sous la direction de Lana Wachowski, cette fois sans sa soeur Lilly. Keanu Reeves et Carrie-Anne Moss sont également de retour dans leurs rôles iconiques de Neo et Trinity. Une suite très attendue, et redoutée depuis l’annonce du projet tant la trilogie avait à l’époque révolutionné le cinéma d’action Hollywoodien.

Matrix c’était non seulement un récit de science-fiction passionnant, mais aussi des films proposant des scènes d’action impressionnantes : entre des fusillades dignes des plus grands films de John Woo, agrémentées d’effets de « Bullet Time » sidérants, des duels de kung-fu jouissifs chorégraphiés par le maître Yuen Woo-ping (Tigre et Dragon, Il était une fois en Chine), et autres batailles de machines spectaculaires, c’était un mélange aussi innovant que maîtrisé dans le paysage des blockbusters Hollywoodiens, qui n’ont jamais réussi à l’égaler depuis.

Ce quatrième opus s’interroge, d’une manière très métatextuelle et explicite, sur l’héritage des trois premiers films, l’évolution du cinéma depuis 20 ans, et sur la façon de créer une suite de licence à succès aujourd’hui. C’est tout ce propos qui est intéressant, se moquant ouvertement du contexte de production du film (« on le fera avec ou sans vous« ), et des groupes d’idées qui semblent davantage orienter la conception d’une oeuvre vers une étude marketing plutôt que de réfléchir à des concepts artistiques.

Cette idée est astucieusement amenée par le statut de Neo. Évitant l’écueil de la mémoire perdue, ici ses souvenirs existent bel et bien, mais en tant qu’oeuvre vidéo ludique. Les trois premiers films sont désormais des jeux vidéos, créés et imaginés par Neo, qui lutte avec un trouble psychique confondant la réalité et celles des jeux Matrix. Evidemment, ses souvenirs sont utilisés à la fois comme un bien de consommation sur lequel les pontes de Binary veulent faire encore plus d’argent, mais aussi comme un moyen d’aliéner davantage Neo à sa condition d’esclave de la nouvelle matrice.

Ce regard lucide sur l’industrie Hollywoodienne actuelle, qui parle davantage de contenu que d’Art, qui préfère brosser le spectateur (pour ne pas dire consommateur) dans le sens du poil plutôt que de prendre le risque de le surprendre, de le stimuler, est un constat certes déprimant mais qui fait mouche, avec des traits d’humour acides. Le fait même de ressuciter Neo et Trinity, deux véritables icônes, pour les placer dans un coma artificiel est bien représentatif du déficit de créativité des studios aujourd’hui, se reposant sur du recyclage de licences, pour capitaliser sur la nostalgie. En résulte une exploitation d’icônes désormais dévitalisées, ne retrouvant pas la saveur d’antan, car les gens impliqués sont davantages compétents pour le marketing que pour faire du cinéma.

Lana Wachowski l’a très bien intégré et a entrepris d’écrire et de mettre en scène son film avec ce postulat. Ce n’est plus possible aujourd’hui de proposer des idées visuelles aussi dingues que dans les trois précédents, alors pourquoi essayer ? De même que toute l’histoire autour de la liberté d’un peuple et de l’élu de la prophétie a déjà été racontée, il n’est donc pas nécessaire de remettre une pièce dans la machine. Que reste-t-il donc à explorer ? La réalisatrice se penche alors sur l’amour, une thématique qui traverse sa filmographie, de Matrix à Sense8. Il ne s’agit plus ici de sauver le monde, mais de sauver un couple, avec l’espoir de refaçonner le monde grâce à l’amour.

Il semble effectivement que les scènes d’action ne sont pas la préoccupation principale de la cinéaste, en tous cas elle ne cherche aucunement à trouver de nouvelles idées aussi révolutionnaires que par le passé. En résulte des séquences toujours très bien chorégraphiées, avec de sublimes ralentis, mais qui n’arrivent pas à la cheville de ses prédécesseurs. Cela peut s’avérer décevant, au regard des standards ultra élevés auxquels nous étions habitués avec la trilogie, mais il convient de constater que cela reste techniquement supérieur à la quasi totalité des blockbusters actuels, sans forcer. Le travail de photographie est absolument splendide, notamment dans une séquence de course-poursuite à moto saisissante, où le traitement des couleurs et des lumières est magnifique.

En somme, Matrix Resurrections est un des blockbusters les plus intéressants de ces dernières années, proposant un regard pertinent sur la décadence de créativité des grands studios actuels, tout en n’oubliant jamais d’offrir un spectacle généreux et émouvant. À découvrir absolument sur grand écran.

Bande-annonce :

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