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L’ATTAQUE DES TITANS SAISON 4 CHAPITRES FINAUX – CRITIQUE

L’adaptation animée de L’Attaque des Titans vient de porter à l’écran les ultimes pages de l’œuvre d’Hajime Isayama à travers deux épisodes plus longs, respectivement 1h et 1h25, diffusés en mars puis en novembre cette année. Encore une fois, assurez-vous d’avoir tout rattrapé avant de continuer à lire cette critique.

Dans le pénultième épisode diffusé l’hiver dernier, on reprenait l’intrigue de front avec les terribles images sans concessions du Grand Terrassement, piétinant des populations entières y compris des enfants dont les visage terrifiés marquent effroyablement la rétine. Eren savait, des années à l’avance que son destin était de lancer le Jugement Dernier sur la population mondiale, et l’on constate que cette décision laisse des traces sur sa santé mentale. 

L’urgence de la situation ne laisse que peu de temps aux membres du Bataillon (et leurs alliés Mahr) pour faire les derniers préparatifs avant l’affrontement final. L’occasion pour les anciens compagnons d’Eren de faire le point sur le lien qui les unit, le chemin parcouru et la décision difficile qui les attend pour sauver l’Humanité. Lorsque la vague de titans colossaux les rattrape dangereusement, c’est Hansi, Major depuis le décès d’Erwin, qui comme celui-ci prend la responsabilité de se sacrifier afin de permettre la fuite de ses camarades. Un baroud d’honneur flamboyant, que le studio Mappa a su animer et mettre en scène avec brio, rappelant les grands moments de voltige de la série.

L’épisode se termine au début de la bataille finale contre Eren, sous son apparence monstrueuse de Titan Originel, avec ses amis qui se parachutent sur son immense colonne vertébrale, prêts à le neutraliser. Le chapitre final reprend exactement à cet endroit et l’équipe de guerriers est directement mise en difficulté par l’intervention de l’ancêtre Ymir, ayant confié son pouvoir à Eren, qui crée une armée de titans à partir des âmes des anciens primordiaux parmi lesquels on compte leurs anciens frères d’armes, dont Bertolt et son gargantuesque titan colossal. Une idée fabuleuse, permettant de compliquer la tâche des protagonistes, de prolonger la question du libre-arbitre avec ces cadavres manipulés tels de pantins, mais aussi de montrer la richesse des transformations des titans, avec des apparences assez étonnantes.

Dans cet épisode chargé en scènes d’action, Mappa et ses animateurs ont tout donné pour offrir des plans somptueusement composés, et un spectacle absolument étourdissant. Chacun des membres de l’équipe a l’occasion de briller, on pense en particulier au dernier assaut lancé par Livaï et Mikasa contre Eren, merveille absolue de mise en scène et de technique d’animation, sublimée par la musique épique d’Hiroyuki Sawano et Kohta Yamamoto. Entre ces séquences d’action subsistent quelques dialogues très intéressants, un entre Sieg et Armin, l’autre entre ce dernier et Eren.

Cette ultime discussion entre les deux amis a semble-t-il été sujette à débats lors de la publication du manga, certains reprochant un discours maladroit et ambigu. C’est effectivement le cas ici, même si le propos a été clarifié et étoffé pour son passage à l’écran, pour autant est-ce un défaut ? Peut-on décemment reprocher à des garçons ayant passé leur adolescence à vivre comme des guerriers, luttant contre des titans monstrueux avec le poids de la survie de leur peuple sur les épaules, de tenir des propos immatures et troubles ?

Ce que l’on peut comprendre des propos d’Eren, c’est que dans l’aveu de ses sentiments pour Mikasa, et le fait de s’aliéner sciemment ses camarades, se dévoile un amour profond et une confiance aveugle, sachant qu’ils se chargeraient d’arrêter son massacre planétaire. Animé par la haine du monde extérieur ayant permis la persécution des Eldiens et des habitants de Paradis ainsi que par la volonté d’offrir un vrai futur à ses proches, Eren savait qu’il était obligé de passer par le Grand Terrassement afin de garantir leur sécurité et de faire disparaître la malédiction des titans, rendant ainsi forme humaine à tous les transformés et la totalité de l’espérance de vie des porteurs de primordiaux (comme Armin ou Reiner).

Il confesse que cela était son but premier et posséder le pouvoir de l’originel et de l’assaillant était un fardeau terriblement lourd, troublant sa perception de la réalité, pris entre les visions du futur et du passé. On peut ainsi dresser un nouveau parallèle entre Eren et le personnage de Walter White dans Breaking Bad (dont Isayama est un grand fan), qui au départ s’est mis à produire de la drogue pour laisser suffisamment d’argent à sa famille après son décès, mais qui s’est laissé entraîner dans un engrenage impitoyable de conséquences qui le dépassent. 
Eren, conscient du futur, annonce également à son ami que si son plan a fonctionné ce n’est que temporaire et que les conflits guerriers entre Paradis et le reste du monde reprendront. Mais en annihilant 80% de la population mondiale, il leur laisse un répit conséquent, suffisant pour vivre paisiblement pendant plusieurs générations. 

On peut ainsi considérer que la solution proposée par Sieg avec son plan « d’éradication douce » consistant à rendre stérile le peuple Eldien, mettant ainsi fin à l’existence des titans après quelques décennies, était probablement la meilleure option (ou la moins pire) puisque le total des pertes humaines aurait été considérablement inférieur. Mais puisqu’Eren voulait donner une vie complète à ses amis, et qu’il savait grâce à ses visions que l’apocalypse était inéluctable et qu’elle lui permettrait d’accomplir sa volonté d’être libre, il n’a jamais réellement envisagé d’adopter le plan de son demi-frère.

Armin réagit à ce discours de façon étonnante, en remerciant Eren. Évidemment, il ne le remercie pas d’avoir commis un immense génocide, mais plutôt, très égoïstement, de n’avoir jamais véritablement abandonné ses amis, et de leur avoir offert la liberté de vivre, et de voir le monde au delà des murs qu’ils fantasmaient depuis l’enfance. Une déclaration troublante, mais le mal est fait et il ne reste que la culpabilité de cette tragédie qu’Armin est prêt à partager avec son ami, ayant déclenché son obsession pour le monde extérieur.

Après un final chargé en émotions, et un générique de fin montrant l’évolution de Paradis sur les siècles à venir, on nous laisse sur une dernière image d’un jeune garçon pénétrant dans l’arbre ayant conféré à Ymir le pouvoir titanesque, insinuant que cette malédiction s’abattra de nouveau, et que le même cycle de violence recommencera, comme l’avait dit Eren. En fin de compte, tous ces massacres ne sont dûs qu’aux différents tourments et complexités de l’âme humaine et voués à se répéter au cours de l’histoire car l’humanité ne tire pas les leçons des conflits passés. Un parallèle évident qui se tisse avec le monde d’aujourd’hui, mais surtout un propos en totale cohérence avec ce que l’auteur nous raconte depuis le début.

L’Attaque des Titans s’achève, et entre définitivement dans le panthéon des plus grands mangas de tous les temps. Des allures de shonen, mais sans renier un ton d’une profonde noirceur et des réflexions philosophiques et politiques passionnantes que l’on trouve plutôt dans un seinen (manga pour adultes). L’adaptation animée aura su transcender les planches, proposant des fulgurances de mise en scène ahurissantes grâce à des démonstrations techniques de très haute volée et une bande originale exceptionnelle parvenant toujours à intensifier la force dramaturgique du récit. 

Hajime Isayama aura su digérer ses nombreuses influences culturelles, mythologiques, et artistiques (Breaking Bad, les films de Kaiju, la série Evangelion), pour proposer une œuvre unique, un spectacle d’une cruauté terrassante, ayant eu la capacité de se renouveler en changeant le regard du spectateur sur certains passages clés. Sans aucun doute une des œuvres de fiction les plus importantes de ces quinze dernières années.

Disponible en intégralité sur Crunchyroll.

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