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LA NUÉE – CRITIQUE

Initialement prévu au mois de novembre 2020, ce film de genre très attendu, arrive enfin dans nos salles Françaises le 16 juin. Entre temps, il aura bénéficié d’une belle exposition au dernier Festival du film Fantastique de Gérardmer (édition en ligne), dans lequel il a obtenu le Prix de la Critique et le Prix du Public. De bien belles récompenses.

La Nuée, c’est l’histoire de Virginie, une agricultrice et mère célibataire qui s’accroche tant bien que mal pour joindre les deux bouts, et qui prendra la décision de se lancer dans le business des sauterelles comestibles, afin de sauver sa ferme de la faillite. Cependant, Virginie semble peu à peu développer un lien étrange avec ces sauterelles…

Premier long-métrage pour le réalisateur Just Philippot après quelques courts, La Nuée est un projet qui a bénéficié de l’encadrement des résidences SoFilm de genre, pour accompagner le travail des scénaristes Jérôme Genevray et Franck Vicktor. C’est un film dont le scénario a pris le temps de mûrir, et cela se sent à l’écran.

© Capricci Productions

Ce qui rend le film aussi solide dans l’écriture, réside dans ses personnages. La relation entre les membres de cette famille (et les autres gravitant autour) est parfaitement caractérisée, et confrontée directement à leur contexte social. En effet, le sujet des difficultés des agriculteurs à trouver une stabilité financière est déjà très ancré dans l’actualité, et les récents films Petit Paysan et Au Nom de la Terre ont contribué à mettre en lumière cette situation au cinéma, ce qui nous permet de comprendre rapidement les enjeux et de ressentir de l’empathie pour cette famille.

Un prisme social toujours au centre du récit, couplé au point de vue de la mère (brillamment incarnée par Suliane Brahim) qui doit redoubler d’efforts pour subvenir aux besoins de ses enfants. C’est à la suite d’un petit accident dans la serre que Virginie va faire une découverte étrange et s’en servir comme impulsion pour son activité agricole. Sauf que cette nouvelle idée d’exploitation des sauterelles tourne vite à l’obsession malsaine, ce que ses enfants ne manqueront pas de remarquer…

Si ce nouveau rapport aux insectes est perturbant, mais également douloureux pour Virginie, il émane d’un profond désespoir, de la peur d’une mère de tout perdre et de ne plus être capable de s’occuper de ses enfants. Un business fructueux mais qui va évidemment s’avérer tout aussi auto-destructeur. Jusqu’où une mère est-elle prête à aller pour protéger ses enfants ?

© Capricci Productions

Si le film est vraiment réussi dans sa dimension sociale, il convient de dire que c’est aussi un film de genre très intéressant et maîtrisé. Cette nuée de sauterelles peut rappeler Les Oiseaux d’Hitchcock, mais ce n’est pas vraiment un film de monstre. C’est plutôt vers un autre sous-genre que tend le métrage : le body-horror. Évidemment, c’est du côté du maître David Cronenberg que Just Philippot va chercher, notamment dans son chef d’oeuvre La Mouche. On peut en effet rapprocher le personnage de Virginie de celui incarné par Jeff Goldblum, obsédé par un insecte volant, qui lui causera également des dommages physiques douloureux (léger euphémisme).

Le cinéaste opère un crescendo horrifique d’une efficacité redoutable, à travers ce rapport au corps aussi perturbant que fascinant. La mise en scène est bien pensée, avec des plans qui ne tombent pas dans la surenchère d’hémoglobine tout en suscitant une terreur qui ferait presque détourner les yeux de l’écran. La tension est remarquablement gérée, pour arriver à un final cathartique d’une grande intensité.

Les comédiens, à commencer par Suliane Brahim, sont tous excellents, de même pour les seconds rôles comme la jeune Marie Narbonne ou Sofian Khammes, qui apportent beaucoup de crédibilité à l’intrigue.

La Nuée est un thriller horrifique puisant dans un contexte social fort et une imagerie rappelant des classiques du genre. Un premier film à la mise en scène de très bonne tenue pour Just Philippot, porté par un solide travail d’écriture, allant à l’essentiel de ce qu’il doit raconter.

Sortie au cinéma le 16 juin 2021.

Bande-annonce :


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