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DUNE 2 – CRITIQUE

Sortie il y a plus de deux ans, la première partie nous laissait sur l’exil de Paul Atréides et sa mère Jessica, recueillis par les Fremen, le peuple du désert d’Arrakis. Les bases de cet univers singulier sont posées, et les premières questions sur l’influence de la Foi commençaient à prendre forme. Une introduction exemplaire à la richesse de l’œuvre de Frank Herbert, qui permet à ce second chapitre de prendre son envol. Une suite avec davantage de scènes d’action, prenant ainsi une dimension épique ahurissante.

Si le premier film comportait une certaine noirceur et nous faisait entrevoir la cruauté de cet univers, le second va encore plus loin en embrassant pleinement ce côté sombre, affectant directement les personnages. Jessica, la mère de Paul, ultime survivante du massacre de sa famille, devient une véritable sorcière, encore plus manipulatrice et effrayante que ses congénères du Bene Gesserit. Gurney, dernier lieutenant de la maison Atréides, est désormais assoiffé de vengeance et pousse Paul à prendre le pouvoir et écraser violemment leurs ennemis. Quant à Paul, il est constamment tourmenté par des visions funestes et par cette ascension messianique fulgurante auprès des gens, le poussant vers une guerre sainte dont il ne veut pas porter la responsabilité. Certaines figures positives sont malmenées, perverties dans cette deuxième partie, jusqu’à faire s’effondrer le mythe du héros providentiel. Un ton résolument plus sombre et pessimiste que dans la première partie, ce qui amène à penser (pour encore plus de raisons qu’il convient de ne pas dévoiler) que cette suite de Dune est ce qu’était L’Empire Contre-Attaque au premier Star Wars.

Retranscrivant ainsi le propos du roman, Denis Villeneuve met l’accent sur les dérives d’une croyance portée à l’extrême, d’un fanatisme religieux érigeant un jeune garçon en nouveau Messie, destin auquel il tentera d’échapper autant que possible, effrayé par les conséquences de ses actions en acceptant la prophétie. Cela se traduit également dans la mise en scène, en travaillant les échelles de sorte à ce que l’iconisation de Paul au sein des plans prenne une tournure différente à mesure que le récit progresse. Représenté comme le Sauveur de ce monde (face à une masse humaine filmée comme des grains de sable) accomplissant divers actes héroïques et prouesses exceptionnelles, on voit cette image s’étioler peu à peu, creusant une ambiguïté morale fascinante dans la dernière heure du film.  En ce sens, Timothée Chalamet étonne, et parvient, notamment dans la scène du discours de Paul devant les Fremen du Sud, à ébranler notre vision du personnage, faisant presque froid dans le dos alors que cette prise de parole est censée être galvanisante. Une trajectoire qui n’est pas sans rappeler celle d’Eren Jaeger dans L’Attaque des Titans. Hajime Isayama aurait-il lu Dune ?

© Warner Bros. Entertainment Inc.

Le film étant plus fourni en scènes d’action, on est face à un rythme plus soutenu que le premier, qui prenait le temps de développer ses personnages à travers quelques séquences plus calmes et atmosphériques. Ici, Denis Villeneuve nous offre encore parfois certaines scènes de ce type, agissant comme des respirations bienvenues dans un récit très dense, comme les rêves, ou les moments entre Paul et Chani. Cependant, le cinéaste hausse le ton et livre un grand spectacle sensationnel, arrivant toujours à tirer parti des différentes échelles dans le plan entre les hommes, les vaisseaux, ou les gigantesques vers des sables. Autre idée esthétique intéressante : le passage au noir et blanc dans l’arène Harkonnen. La direction artistique, avec ces décors à l’architecture brutaliste, et aux tons très sombres, dans lesquels sont filmés des personnages à la peau d’une blancheur cadavérique, se prêtait déjà à des contrastes entre le noir et le blanc. Pousser ce lien plus loin en imaginant que les extérieurs de leur monde sont privés des autres couleurs, comme si les Harkonnens asséchaient le spectre visible autant que la vie sur Arrakis est une merveilleuse idée.

Dans sa filmographie déjà assez remarquable, Denis Villeneuve n’était encore jamais allé aussi loin dans la proposition d’un spectacle aussi épique. Néanmoins, il ne se dénature pas, et parvient encore à apporter une certaine sensorialité aux images. On ressent l’atmosphère au sein des plans, la matière au contact des personnages, mais aussi les visions désormais cauchemardesques de Paul. C’est quelque chose de précieux pour un aussi gros film Hollywoodien, et encore plus rare quand celui-ci se permet de traiter aussi frontalement des dérives de la spiritualité et du danger que peut présenter le fanatisme religieux. La mise en scène du cinéaste canadien nous interroge sur notre rapport aux icônes, même les plus extraordinaires. La quête première de Paul est de libérer le peuple Fremen et Arrakis du joug capitaliste impitoyable des Harkonnens et de l’Imperium, mais jusqu’où est-il prêt à aller dans ce but, et doit-on le suivre quoi qu’il en coûte car de nombreux éléments suggèrent qu’il est l’élu, le Lisan Al-Gaïb ? Un sujet passionnant, qui fait beaucoup de bien dans le paysage des blockbusters Hollywoodiens actuel.

En salles en France dès le 28 février 2024.

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